Plus d’équipe N1 depuis 2015

Ci-dessous, la lettre ouverte de Jean-Marc Blanchard :

J’étais aux premières loges à l’automne 1999, lorsque les Tempest (mon équipe d’alors) et les Aigles ont décidé de fusionner pour se donner plus de chance pour :
1. Accéder au niveau national
2. Obtenir un vrai terrain de baseballSur ce dernier point, il faut savoir que divers responsables œuvraient déjà depuis des décennies auprès de la ville de Marseille, usant de lobbying, de menaces, de prières et de divers numéros de claquettes inventifs, sans succès.

Le premier point étant réglé à l’issue de la saison 2000, les « Meds » (le nom arrivé en tête des suffrages lors de notre première assemblée, juste devant les « Gabians », pour info) se préparaient donc à disputer leur première saison en N1.

À cette époque, notre effectif de qualité était mince et j’avais à ma disposition trois lanceurs pour tenir la saison. Autant dire que je n’aurais pas parié un vieux slip qu’on restât plus de deux ans à ce niveau. On jouera finalement 14 saisons dans cette division, j’en aurai coaché la moitié, alternant le bon, le moyen et le médiocre, mais jamais assez mauvais pour qu’on nous envoie avec l’eau du bain en division inférieure.

Et pourtant, cette épopée est terminée, il n’y aura plus de Meds en N1 en 2015.

[ Warning : Une pause de 10 secondes à ce moment peut accentuer la charge émotionnelle de ce texte ]

Bon, j’ai jamais été très bon dans le pathos, et puis il faut être honnête, on s’était préparé à ça depuis un moment déjà, on savait qu’un jour ou l’autre, on aurait trop de départs, pas assez d’arrivées, et qu’on prendrait notre lot de fessées avant de s’enfuir en ordre dispersé vers des divisions moins hostiles. Oui, j’ai toujours pensé que ça se passerait comme ça, sur le terrain, pas à cause de lui.

Mais début décembre, on m’informe de ça :

FFBS : Comité directeur du 29/11/2014La Commission Nationale Sportive Baseball en accord avec la Commission Fédérale des Terrains et équipements, à la vue des rapports des arbitres et des clubs ayant évolué sur le terrain de Marseille et de l’absence d’homologation de ce terrain propose conformément à l’article 18.2.2 des RGES Baseball que le club de Marseille devra jouer tous ses matchs à l ‘extérieur.

Pas un coup de fil, pas une carte postale, un communiqué triste comme un frigo vide, pas l’ombre d’une explication de ce qu’il y a dans les rapports des arbitres et des clubs qui justifie une telle décision.

Bien sûr, dans un premier temps, tous les joueurs hurlaient de joie à l’idée de faire deux fois le tour des zones commerciales sordides du quart Sud-Est de la France, de passer tous ces week-end à avaler des kilomètres : « Same price, twice the pleasure ».
Bon, c’est justement là, sur le prix, que ça a bloqué, le trésorier a grommelé un truc du genre « rendez pas compte … pas la tréso … déjà limite … bande de c… »

On a donc pensé appeler immédiatement le service des sports de la ville de Marseille pour se plaindre et leur intimer l’ordre d’entreprendre les modifications nécessaires, mais le président nous a judicieusement rappelé qu’à ce stade, on n’avait pas le moindre début d’information quant aux dites modifications, puisque la fédération a jalousement gardé ces détails par devers elle.

50 mails, 20 coups de fil et 2 lettres recommandées plus tard, alors que la fédération, avançant toujours masquée, ne laissant surtout pas fuiter d’info qui pourrait nous être utile, a déjà re-confirmé sa décision lors d’un comité directeur, nous finissons, plus d’un mois après, par avoir les fameuses raisons de la non-homologation de notre terrain de St Menet.

Le document en question est ici en intégralité, pour information, parce que je ne suis pas homme à sortir des citations de leur contexte, ni à tronquer des passages pour les tourner en dérision, même si, en toute franchise, c’était très tentant.

(ci-dessous, mes remarques en bleu)

RAPPORT DE LA COMMISSION FEDERALE TERRAINS ET EQUIPEMENTSLe 16/01/2015
Objet : Terrain du club des Meds de Marseille

Suite courrier adressé fin 2012 à la CNSB par un club de N1 (un club avec qui les rencontres s’étaient déroulées dans une ambiance très très tendue, et dont des membres avaient juré de ne plus avoir à remettre les pieds sur notre terrain), la CFTE que je préside avait été saisie afin de statuer sur le cas du terrain de Marseille vis-à-vis de la dangerosité que pouvait présenter certains désordres ainsi que vis-à-vis de la configuration générale du terrain.

Sur la base de ces éléments (qu’on ne nous a jamais communiqués), lors de l’instruction des dossiers d’engagement pour la saison 2013, j’ai contacté je Président du Club […] un reportage photo de son terrain en configuration rugby tel qu’utilisé pour la période hivernale (le détail a son importance pour plus tard).

Dans l’évaluation faite par le Président Blanchard lui-même joint en annexe nous arrivons à un total de 55 points au lieu des 74 points requis pour le niveau National 1 (catégorie A) et avec ma propre évaluation réalisée sur la base des mêmes photos et informations fournies j’ai abaissé la note à 32. (et encore on a du lui dire «merci maître pour votre clémence» pour qu’il ne descende pas plus bas.)

Les raisons de cette abaissement de note portent notamment sur :

– Absence de clôture à même d’arrêter des balles de baseball au champ extérieur et sur partie du champ intérieur (côté 1ère base)

Right, nous avons tenter d’expliquer au rugbymen que nos clôtures devaient rester en plein milieu de leur terrain toute l’année, même l’hiver, en cas de reportage photo inopiné. Ces brutes insensibles n’ont rien voulu entendre.

– Une zone de foul ball visiblement trop peu étendue au niveau dégagement de la 3ème base (proximité de l’arrière d’une tribune en béton donnant sur un autre terrain) sans protection particulière.

J’ai maté avec soin le tableau de classification des terrains (celui qui permet de calculer les points, consultable en page 6 de ce document), je n’ai rien trouvé sur l’étendue de la zone de foul ball au niveau de la 3ème base. Je savais qu’on pouvait gagner des points avec les critères du tableau, mais je ne savais pas qu’on pouvait en perdre pour des critères secrets négatifs, du type «joueurs trop odorants : – 3 pts » ou «  présence sur le terrain de Florian Mauny : -5 pts ». Mais c’est bien, ça met un peu de piment.

– Un backstop visiblement non conforme en distance de dégagement par rapport au marbre et avec un filet à trop grande maille pour arrêter des balles de baseball.

Ah ça rigolait quand je répétais à l’envie qu’à force de mesurer 18 m au lieu des 18,25 m réglementaires, un jour on aurait des problèmes. Eh bien voilà, suffit de tomber sur des gars sérieux qui font de l’extrapolation de données à partir de photos façon « Les Experts » et on l’a dans l’os.

– Absence de monticule fixe conforme dans sa construction (utilisation d’un monticule amovible)

Certes, les textes sont contre nous, mais peut-on préciser qu’une fois posé, le monticule est à l’épreuve des charges de rhinocéros. Et pour dissiper tout éventuel malentendu, « amovible » ne signifie pas « mobile », dans le sens où aucun joueur n’est jamais rentré chez lui en monticule.

– Distance du champ droit trop faible (80m pour minimum requis de 95m)

Ouais bon, parce que de temps en temps, il faut lâcher du leste, on est OK là dessus.

– Absence d’abris de joueurs (dugout)

Merde, là aussi.

– Absence d’éclairages compétition

N’ayant jamais joué de nuit, aucun club ni aucun arbitre n’a jamais pu se plaindre du fait qu’on ait des éclairages « loisir » et comme les photos fournies ont été prises de jour … Il y a une taupe au sein du club.

– Tribune inversée

What the f… !? C’est quoi, le Boss des critères secrets négatifs « Tribune inversée : -16 pts pour le foutage de gueule manifeste». J’avais remarqué un certain malaise chez les centaines de supporters des clubs adverses, mais de là à nous le ressortir maintenant … Ok, on s’est trompé de sens quand on l’a posé, mais c’est mieux que pas de tribune non ?

Compte tenu de ces éléments, il apparait que la note ne correspond même pas au minima requis pour un niveau régional (note minimum de 36 requise en Catégorie D)
Vient donc le temps de la menace, même pas déguisée, qui me rappelle une réplique dans un film célèbre.
Conan : Elle est à toi cette robe ?
Un prêtre : Oui mon fils et c’est tout ce que j’ai.
Conan : Alors bientôt tu n’auras plus rien.

[…]

En solution de repli je précise que le terrain conforme au niveau pratique national le plus proche de la Ville de Marseille est le terrain du Club des Renards de la Vallée du Gapeau situé sur la commune de Solliès-Pont (83) soit à 75km et environ une heure de route (données ViaMichelin).

Nous, pauvres ignorants du Sud-est, n’avions pas cette information en notre possession, et sommes infiniment reconnaissants à notre-mère-la-fédération de faire à nouveau jaillir la lumière de la sagesse. À notre décharge, le fait que le club des Renards ait des matchs programmés en championnat régional sur une trentaine de dimanches, de février à fin juin, n’a pas été de nature à guider nos pas dans cette direction.

[…]

Mais il faut bien le reconnaître, on pourrait pointer les incohérences et tergiverser pendant des jours sur ce rapport, ça ne changerait rien au fait que même en trichant, notre terrain n’atteindra pas le nombre de points pour être classé en catégorie A.

Ce qui me titille aujourd’hui, ce n’est pas la non-homologation de notre terrain, ce n’est pas le fait qu’on doive redescendre en championnat régional, c’est ce mépris, témoigné de façon récurrente, à toutes les personnes que je connais qui ont donné et donnent encore de leur temps pour que la situation s’améliore.

Ce qui ressort du communiqué et du rapport, c’est qu’on nous a généreusement octroyé des dérogations pour utiliser un terrain non-conforme, et qu’à un moment donné, vu qu’on s’est contenté de cette situation et qu’on n’a pas daigné bouger notre postérieur du canapé, il est grand temps de sévir de façon brutale, sans nous contacter directement, sans nous donner d’informations, parce que les grosses feignasses que nous sommes ne le méritons pas.

Du regretté Sauveur Terranova au tandem formé par Nicolas et François aujourd’hui, je ne peux plus compter les personnes qui sont impliqués dans l’obtention d’un terrain de baseball à Marseille. Combien d’heures ont été passées en réunions, en déplacements, en écriture de courriers et pétitions ? jusqu’à tout récemment avec la désignation de Marseille comme capitale du sport en 2017. Il faut être tout sauf une feignasse assistée pour s’occuper de ce dossier à Marseille, capitale du chômage et du foot, il faut être accroché pour continuer à demander l’étude d’un projet coûteux pour le baseball dans une ville où l’école publique est reléguée au rang de dossier non prioritaire. Étant moi-même un pur produit marseillais, et donc 5ème dan de cynisme, je ne me suis jamais impliqué dans ce dossier, et je suis à chaque fois pareillement étonné qu’on puisse trouver des gens motivés pour s’en occuper, et surtout, y croire.

Quand les feignasses du baseball marseillais demandent des créneaux pour pouvoir s’entraîner, elles le font seules, face à des fédérations, qui défendent naturellement les intérêts de leurs clubs.

Quand les mêmes feignasses se font couper 7000 euros dans leur budget par les différentes instances municipales, départementales et régionales, elles font front, en réduisant les frais, en demandant plus à leurs licenciés.

Quand un de nos lanceurs subit l’attentat d’un sauvageon (un coup de genou dans les côtes) qui l’envoie sept jours à l’hosto, on nous répond que c’est un contact rugueux mais licite, parce qu’on n’est quand même pas dans un sport de tapettes.

Quand un de nos gamins se fait cartonner au marbre aux interligues, alors même que la règle l’interdit, on valide l’action parce qu’en Haute Normandie ou en Île de France, c’est pas comme nous, ils savent jouer, tu peux pas comprendre, là-bas, il ont même des rising fastballs qui peuvent triompher de la gravité.

Il aurait donc été de bon ton, au moment de la non-homologation de notre terrain, d’être contacté personnellement, avec beaucoup d’affection, pour nous dire que malgré tous nos efforts, en l’état, vous ne pouvez accepter plus longtemps ce terrain en N1, mais que vous tenez toutes les informations afférentes à ce refus à notre disposition pour qu’on puisse le plus rapidement possible aller voir notre service des sports, et qu’en aucune manière, nous ne devrons entreprendre l’ascension de l’Everest pour obtenir un papier mal renseigné pondu à la dernière minute.

Comprenez donc qu’aujourd’hui, l’attitude qui consiste à incanter « Ne vous demandez pas ce que la fédération peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour la fédération» , je la conchie, avec un rare professionnalisme.

Messieurs, chapeau bas, génuflexion, et tout le baratin.

Jean-Marc Blanchard
coach/joueur/arbitre/scoreur à Marseille, depuis plus de 20 ans.